Skip to main content
ConseilsCabinet dentaire Dentalpéi · Saint-PierreLecture : 9 min

Une mâchoire douloureuse au réveil, des dents qui paraissent plus courtes ou plus plates, un grincement entendu par la personne qui partage votre nuit : ces signes peuvent évoquer un bruxisme. Ce comportement, qui consiste à serrer ou grincer des dents, est le plus souvent sans conséquence grave, mais il peut, chez certaines personnes, user les dents ou fatiguer les muscles de la mâchoire. Ce guide fait le point sur ce qui est établi, sur ce qui reste discuté, et sur les moyens de protéger vos dents.

L'essentiel en 30 secondes

  • Le bruxisme, c'est serrer ou grincer des dents, ou bloquer et pousser la mâchoire, pendant le sommeil ou à l'éveil.
  • Les consensus internationaux le décrivent comme un comportement, pas comme une maladie en soi : on évalue surtout ses conséquences.
  • Ses causes sont mal connues ; le rôle du stress et de l'occlusion reste discuté.
  • La gouttière de nuit sert surtout à protéger les dents de l'usure ; les études ne permettent pas de dire qu'elle réduit le bruxisme lui-même.

En une minute : comprendre le bruxisme et le rôle de la gouttière (schémas animés, motion design, information générale)

01Le bruxisme, de quoi parle-t-on ?

Selon une définition de consensus international publiée en 2013 et reprise en 2018, le bruxisme est une activité répétitive des muscles de la mâchoire : serrer ou grincer des dents, ou bloquer ou pousser la mâchoire inférieure. Les spécialistes distinguent deux formes :

  • le bruxisme du sommeil : une activité des muscles masticateurs pendant le sommeil, rythmique (mouvements répétés de grincement) ou non rythmique (serrage prolongé). Le consensus précise que ce n'est ni un trouble du mouvement, ni un trouble du sommeil ;
  • le bruxisme d'éveil : des contacts répétés ou prolongés entre les dents, ou un blocage et une poussée de la mâchoire, pendant la journée.

Ces définitions ont été récemment mises à jour : la mention « chez des personnes par ailleurs en bonne santé » a été retirée, et la façon de graduer le diagnostic a été révisée (voir la partie sur l'évaluation).

Rendu anatomique d'un crâne de profil, dents serrées, avec le muscle masséter mis en évidence entre la pommette et l'angle de la mâchoire
Le masséter, l'un des muscles masticateurs qui participent au serrage des dents.

Cet article porte surtout sur le bruxisme du sommeil de l'adulte, celui qui fait grincer des dents la nuit.

02Un comportement plutôt qu'une maladie

C'est un point important, et souvent rassurant : pour les consensus internationaux, le bruxisme n'est pas considéré comme un trouble en soi. Selon le contexte de santé de chaque personne, il peut être :

  • sans conséquence, ni nuisible ni bénéfique ;
  • un facteur de risque, lorsqu'il s'accompagne d'effets négatifs (usure, douleurs…) ;
  • parfois un facteur protecteur, lorsqu'il est associé à des effets positifs, selon les auteurs qui ont proposé ce cadre.

Chez une même personne, il peut d'ailleurs jouer plusieurs de ces rôles à la fois. Le consensus de 2018 déconseille aussi, chez les personnes en bonne santé, de raisonner en « bruxisme présent ou absent » : il recommande d'évaluer l'activité des muscles sur un continuum, du plus faible au plus marqué.

À retenirLa question utile n'est pas seulement « est-ce que je grince des dents ? », mais « est-ce que cela a des conséquences pour mes dents, mes muscles ou mes articulations ? ».

03Les signes qui peuvent alerter

Le bruxisme du sommeil passe souvent inaperçu de la personne concernée. Selon l'UFSBD (Union française pour la santé bucco-dentaire), les signes qui peuvent alerter sont :

  • des douleurs du visage, des mâchoires, des tempes ou devant l'oreille, surtout au réveil ;
  • une usure accélérée des dents et une perte d'émail : bords aplatis, dents qui paraissent raccourcies. Elle est souvent remarquée d'abord par le dentiste ;
  • des fêlures, voire des fractures des dents.

L'UFSBD souligne que les forces de serrage pendant le sommeil sont bien plus importantes que dans la journée. D'autres conséquences sont rapportées dans la littérature scientifique : un grossissement du muscle masséter, des douleurs musculaires ou articulaires de type trouble de l'articulation de la mâchoire (ATM), ou encore des restaurations cassées (obturations, couronnes).

Molaire aux pointes aplaties, facettes d'usure lisses et îlots de dentine jaunâtre au sommet des cuspides
Molaire usée : pointes aplaties, dentine apparente au sommet.

Une revue de littérature rappelle que le bruxisme n'a habituellement pas de conséquences graves, mais qu'il peut en avoir chez certaines personnes. Enfin, toute usure n'est pas due au grincement : les érosions acides (sodas, agrumes, remontées acides) peuvent aussi user l'émail. C'est au dentiste de faire la part des choses.

04Les causes : établi ou discuté

Ce sur quoi les sources s'accordent : les causes du bruxisme sont mal identifiées et son mécanisme n'est pas élucidé. Une origine multifactorielle est évoquée, avec un rôle du système nerveux central et du système nerveux autonome.

Une hypothèse centrale : une revue rapporte que, pour une équipe de chercheurs de référence, le bruxisme serait surtout d'origine centrale, en lien avec certaines structures profondes du cerveau et des neurotransmetteurs. Les arguments avancés sont ses liens avec le sommeil, le système dopaminergique, le stress et certains médicaments.

Le stress : un lien à nuancer

L'UFSBD indique que le grincement est assez fréquent pendant les périodes de stress. Mais une étude avec enregistrement du sommeil (polysomnographie) n'a trouvé aucun lien entre le bruxisme du sommeil et les scores de stress ou de dépression mesurés par questionnaire. Le lien avec le stress est donc évoqué, sans être démontré de façon générale.

Le sommeil

Selon l'UFSBD, le grincement peut aussi être lié à des troubles du sommeil.

L'occlusion : un point débattu

L'occlusion désigne la façon dont les dents du haut et du bas s'emboîtent. Pour l'UFSBD, un défaut d'occlusion qui crée une gêne fait partie des causes principales ; une revue de littérature cite aussi les interférences occlusales comme cause « probable ». À l'inverse, l'hypothèse centrale met l'accent sur le système nerveux. Nous n'avons pas trouvé de source de haut niveau qui tranche ce débat.

D'autres facteurs sont parfois cités, mais nous n'avons pas trouvé de source suffisamment solide pour les présenter ici.

À retenirLes causes du bruxisme restent mal connues et discutées : il n'y a aucune raison de se reprocher de grincer des dents.

05Comment le bruxisme est évalué

Il n'existe pas un test unique. Les consensus décrivent plusieurs sources d'information, qui se combinent :

  • ce que vous rapportez : douleurs au réveil, sensation de mâchoire serrée, grincement signalé par l'entourage ;
  • l'examen clinique par le chirurgien-dentiste : usure, fêlures, muscles de la mâchoire, articulations ;
  • les mesures par appareil, notamment l'électromyographie, qui enregistre l'activité des muscles.
Salle de soins dentaires moderne avec un fauteuil vide dans des tons blanc et bleu
Le contrôle dentaire : souvent le moment où l'usure est repérée.

La gradation révisée du diagnostic combine justement ces trois niveaux d'information. En pratique, c'est souvent au contrôle dentaire que le dentiste repère une usure marquée et pose la question. L'objectif n'est pas de « mettre une étiquette », mais de savoir si le bruxisme a des conséquences qui justifient une protection ou des soins.

06Gouttière, médicaments, toxine : ce que disent les études

Selon l'UFSBD, le bruxisme lui-même « ne se traite pas » : on prend en charge ses conséquences. Les revues scientifiques confirment que les preuves restent limitées, quelle que soit l'option.

La gouttière de nuit

La gouttière occlusale, aussi appelée orthèse, est un appareil porté la nuit sur les dents. L'UFSBD la présente comme un moyen de protéger les dents, naturelles ou prothèses, et de limiter les effets du grincement.

Sur son effet sur le bruxisme lui-même, une revue Cochrane (2007) conclut que les preuves sont insuffisantes pour dire si la gouttière le réduit ou non ; elle est surtout utilisée pour prévenir l'usure. Une étude de suivi sur un an a observé une baisse de l'activité liée au bruxisme d'une semaine à six mois après la pose, qui n'était plus significative à douze mois.

Gouttière occlusale transparente pour l'arcade du haut, posée seule sur un fond bleu clair
Une gouttière occlusale transparente.

Les médicaments

Une revue Cochrane de 2014, portant sur sept petits essais, conclut à des preuves insuffisantes, avec des effets indésirables fréquents : somnolence, sécheresse de la bouche ou baisse de tension prolongée le matin, selon les produits. Une méta-analyse récente estime que les bénéfices sont au mieux limités et de courte durée, qu'aucun médicament ne peut être recommandé en usage courant, et qu'ils ne doivent pas remplacer les approches de première intention : le conseil, les stratégies comportementales et les gouttières.

La toxine botulique

Son intérêt est discuté. Les revues sont hétérogènes : plusieurs études rapportent moins d'épisodes de bruxisme, une autre surtout une baisse d'intensité, une autre encore un résultat non concluant. Chez des patients atteints de certains troubles neurologiques, des injections ont pu réduire le bruxisme pendant un à cinq mois, mais le manque d'études à long terme empêche d'établir des recommandations. Dans la maladie de Huntington, la HAS indique qu'elle peut être proposée pour prévenir les lésions dentaires dues au bruxisme, dans des indications rares et par un professionnel qualifié. Son cadre réglementaire et sa prise en charge dans le bruxisme ne sont pas abordés ici : ils relèvent d'un avis médical au cas par cas.

Les approches comportementales

Le conseil et les stratégies comportementales sont cités comme approches de première intention par la méta-analyse ci-dessus. Nous n'avons toutefois pas trouvé de source dédiée à leur efficacité : nous ne pouvons pas en dire plus à ce stade.

OptionRôleCe que disent les sources
Gouttière de nuitProtéger les dents et les prothèsesUtilisée surtout contre l'usure ; preuves insuffisantes sur la réduction du bruxisme (Cochrane)
MédicamentsAgir sur l'activité des musclesAucun recommandé en usage courant ; effets indésirables fréquents
Toxine botuliqueAgir sur les muscles de la mâchoireRésultats hétérogènes, intérêt discuté ; pas de recommandation générale
Conseil, approches comportementalesPremière intention selon une méta-analysePas de source dédiée à leur efficacité trouvée

Si une dent est fêlée ou une restauration cassée, un soin peut être nécessaire : voir notre page soins conservateurs.

07Implants, acouphènes : cas particuliers

Implants dentaires. Une revue narrative rapporte, d'après des revues systématiques, un risque d'échec implantaire 2,2 à 4,7 fois plus élevé chez les personnes qui grincent des dents. De son côté, la HAS estime ne pas pouvoir conclure sur l'influence du bruxisme sur le risque de maladie autour de l'implant (péri-implantaire). Ces deux sources ne mesurent pas la même chose : la question n'est pas tranchée. Si vous avez ou envisagez un implant, signalez un éventuel bruxisme à votre dentiste.

Acouphènes. Dans sa recommandation sur les acouphènes invalidants de l'adulte, la HAS recommande de rechercher, parmi d'autres éléments, un bruxisme ou un trouble connu de l'articulation de la mâchoire.

Enfants. Le bruxisme de l'enfant n'est pas traité dans cet article, faute de sources suffisantes dans notre recherche : parlez-en à votre dentiste.

08Prise en charge par l'Assurance Maladie

Selon la nomenclature des actes (CCAM) consultable sur ameli.fr, l'acte « pose d'un plan de libération occlusale », qui correspond à la gouttière, est remboursable, sans accord préalable. Son intitulé ne mentionne pas le bruxisme : il est classé dans la rubrique « correction de trouble occlusal ».

Les règles de renouvellement n'ont pas pu être vérifiées dans un texte réglementaire : le plus sûr est de vous renseigner auprès de votre caisse d'Assurance Maladie et de votre complémentaire santé. Le dentiste vous présente un devis avant la réalisation. Voir aussi nos tarifs.

09Au quotidien : quand en parler ?

Aucune des sources consultées n'établit de moyen de prévenir l'apparition du bruxisme. La prévention documentée porte sur ses conséquences. Quelques repères :

  • Parlez-en à votre dentiste si vous avez régulièrement mal au visage ou à la mâchoire, notamment au réveil : selon l'UFSBD, une douleur régulière justifie de consulter.
  • Signalez un grincement entendu par votre entourage, ou une sensation de dents serrées dans la journée.
  • Gardez des contrôles dentaires réguliers : c'est souvent là que les premiers signes d'usure sont repérés.
  • Si une gouttière vous est proposée, suivez les conseils d'usage et d'entretien donnés par votre dentiste.
  • Évoquez les autres causes d'usure possibles, comme les boissons acides ou les remontées acides.

10Questions fréquentes

Le bruxisme est-il grave ?

Le plus souvent, non : une revue de littérature indique qu'il n'a habituellement pas de conséquences graves. Chez certaines personnes, il peut user les dents, provoquer des fêlures ou des douleurs de la mâchoire : c'est ce que le dentiste évalue.

La gouttière va-t-elle arrêter mon grincement ?

Les études ne permettent pas de l'affirmer : une revue Cochrane juge les preuves insuffisantes. Son rôle principal est de protéger les dents et les prothèses de l'usure.

Le stress fait-il grincer des dents ?

L'UFSBD observe que le grincement est assez fréquent en période de stress, mais une étude avec enregistrement du sommeil n'a pas retrouvé de lien avec les scores de stress. Le lien est évoqué, sans être démontré pour tout le monde.

Existe-t-il un médicament contre le bruxisme ?

Selon une méta-analyse récente, aucun médicament ne peut être recommandé en usage courant : les bénéfices observés sont limités et de courte durée, et une revue Cochrane signale des effets indésirables fréquents.

La gouttière est-elle remboursée ?

Selon la CCAM, la pose d'un plan de libération occlusale est un acte remboursable, sans accord préalable. Pour le renouvellement et ce qui reste à votre charge, référez-vous au devis et renseignez-vous auprès de votre caisse et de votre complémentaire.

Mon enfant grince des dents la nuit : que faire ?

Cet article concerne l'adulte ; nos sources ne documentent pas le bruxisme de l'enfant. Parlez-en à votre dentiste lors d'un contrôle.

Mâchoire douloureuse au réveil ?

Un examen permet de faire le point sur l'usure de vos dents et, si besoin, sur les moyens de les protéger.

Prendre rendez-vous

Information générale : cet article ne remplace pas une consultation. Seul un examen clinique permet d'évaluer un bruxisme et ses conséquences. Illustrations : images de synthèse à visée pédagogique.

Sources

Encore un peu de lecture ?